LES BRUMES DU MERCANTOUR - JEAN SICCARDI - PRESSES DE LA CITE - TERRES DE FRANCE 

Les Brumes du Mercantour de Jean Siccardi

Les bistrots bourdonnaient de jeunes hommes provocateurs. Dans certains quartiers, ils dressaient de véritables quets-apens. Ils tapaient sur les oiseaux de mauvais augures qui entravaient le défilé, réglaient des vengeances personnelles, mettaient le feu aux écuries avec les bêtes dedans si un habitant était exclu de la communauté. Ils "faisaient courir les souris", hurlaient-ils. Saint-Antoine bénissait leurs exactions puisqu'il éteignait leurs incendies. Invévitablement, les rivalités explosaient. Des bandes déguisées participaient à leur manière aux divertissements. Les Cugulets venant de Venanson, les Bannets de Belvédère, les Amolhans de la Bollène, les Cougourdiés de Lantosque affrontaient les festifs dans de véritables combats de rue.
La trêve arrivait le mercredi des Cendres. Une farandole monstre suivait les rues de Saint-Martin. Le Camamentran, accompagné jusqu'au bûcher par des jeunes portant le costume des pénitents blancs, était brûlé. Lorsque les flammes montaient, les musiciens entamaient l'air de l'Adieu paure Carnaval.
Au cours du sympathique ambigut, ou vin d'honneur, on signait la paix jusqu'aux prochaines libations. On trinquait, se vantait de ses exploits, comptait les blessés. Mais dans les têtes germait déjà un formidable désir de revanche.

La fête des Châtaignes d'octobre et novembre clôturait les rassemblements. L'automne engourdissait la vallée. Les routes étaient coupées durant de longues semaines par les glissements de terrain. Certains patelins comme Molières restaient des mois isolés de la civilisation. Les nuages noirs enveloppaient le pays d'une chape opaque. Un long vide résonnait sur les clochetons. Les feuilles noircies par le gel nocturne tombaient dans les abreuvoirs. Les vols de corneilles apportaient une touche funestre. Les premières grives virevoltaient dans les frondaisons. Parfois, le jour ne se levait même plus. Fatalistes, les montagnards confinés dans leur maison guettaient la terrible neige qui s'accumulait par strates jusqu'à hauteur d'homme. Les semaines s'écoulaient lentement, trop lentement. Aux Granges Neuves, Antoine et Madeleine emmagasinaient les provisions, coupaient le bois, se préparaient aux durs frimas de l'hiver.

Extrait du roman Les Brumes du Mercantour de Jean Siccardi paru aux Presses de la Cité dans la collection Trésors de France le 19 mai 2016. 
Extrait tiré bien évidemment de notre excellent Almanach Des Terres de France 2017. L'Almanach Des Terres de France 2018 est disponible dans votre librairie indépendante depuis le 31 août dernier. En ce qui nous concerne, Librairie Passerelles de Vienne.

Quatrième de couverture
Dans les hauteurs du Mercantour, deux jeunes frères, bergers, partent vivre l'aventure. Ils risqueront tout pour assouvir leur désir d'ambition et de revanche sur leurs parents.
Les Vitali sont propriétaires des Granges Neuves, auberge de bonne réputation, nichée entre montagnes et plaines alpestres du Mercantour. Eduquant à la dure leurs garçons, Boniface et Adrien, ils les envoient garder les vaches et les chèvres d'un cousin qui les exploite outrageusement. Révoltés, les adolescents quittent la maison familiale avec un fort désir de revanche.
I
ls sont recueillis par Baille, vieux paysan et contrebandier, qui regrette, lui, d'avoir sacrifié sa vie à son labeur. « Vaut mieux être brigand de grand chemin ou contrebandier qu'ouvrier agricole ! » Ils commettent alors de menus larcins puis des délits plus graves, sur les conseils de Baille, qui leur fait miroiter un eldorado au-delà des montagnes...

A propos de l'auteur
Né à Nice, Jean Siccardi vit à Saint-Cézaire dans une ancienne chapelle qui domine Cannes, l'Esterel et la Méditerranée. Il partage avec quelques millions de citoyens de Marseille, Nice et Menton le privilège de porter un nom italien : celui de ses grands-parents qui, au début du xxe siècle, ont émigré du Piémont vers la France, dans le comté de Nice. C'est dans ses racines qu'il puise les sentiments et les personnages qui font la force brutale, romantique et drôle de ses histoires.

La Méditerranée au sens très large de ses frontières, de l'Espagne à l'Italie, le conduit à découvrir à chaque saison le bonheur tout naturel d'être du Grand Sud et de fouler les traces de Giono, Bosco, Suarès.

Auteur d'ouvrages poétiques, d'albums pour la jeunesse, de pièces de théâtre et de romans, Jean Siccardi est un polymorphe de l'écriture. Pour lui le travail d'écrivain est un véritable métier que l'on ne peut partager avec rien d'autre ; une vie entière hors des modes, des courants et des écoles. “On doit consacrer sa vie entière à son métier d'écrivain, sans aucune concession ni indulgence. ”

Il contribue aussi à des formations pour les maîtres, les éducateurs et les animateurs sur le thème des ateliers d'écriture. Il est à l'origine de nombreuses expériences d'écriture depuis 1972, dans les quartiers sensibles, les cités, les ZEP...
Je vous souhaite encore une agréable semaine et
d'excellentes lectures à vous tous.
9782258146808
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