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Un très grand amour - Franz-Olivier Giesbert :

- Sur son lit de souffrances, quelques semaines avant de mourir, maman m'avait mis en garde :
"Qu'est-ce que c'est bête, un homme,
- Je ne comprends pas.
- C'est bête, égoïste et pas fiable, Antoine, promets-moi de ne jamais te comporter comme un homme".
Je me souviens que j'avais hoché la tête. Encore une promesse que je n'ai pas tenue. Je suis toujours resté à l'affût. Même quand j'étais heureux en ménage, ce qui fut souvent le cas, je continuais à rechercher le très grand amour, celui qui, selon Spinoza, constitue un "accroissement de nous-même".
C'est exactement la sensation que j'éprouvais en observant la jeune fille aux cheveux d'or. Je m'accroissais. Je m'élevais aussi.

Ce vrai faux roman, comme me l'a écrit en dédicace Franz-Olivier Giesbert lors d'un des salons du livre à la Librairie Le Bleuet de Banon, Franz-Olivier Giesbert effectue le bilan de sa vie au travers de la vie d'Antoine Bradsock. Une vie oh combien mouvementée, poignante, riche. Une vie vécue à fond sans tabou.  J'ai aimé ce vrai faux roman et je vous le conseille si vous ne l'avez pas encore lu. Sortie en librairie le 5 janvier 2010 - Editions Gallimard et ensuite chez Folio en 2011. En lisant ce vrai faux roman, j'ai ressenti une très grande sensibilité chez Franz-Olivier Giesbert. Il décrit également bien le temps qui passe, la maladie... et l'Amour avec un grand A.

Je vous publie l'entretien de Franz-Olivier Giesbert avec les éditions Gallimard :

Rencontre avec Franz-Olivier Giesbert, à l'occasion de la parution d'Un très grand amour en janvier 2010.

Avez-vous écrit un roman sur l’amour, ou plutôt un roman sur le cancer ?

Franz-Olivier Giesbert — Au départ, je voulais écrire une histoire d’amour. Une passion, pour être plus précis. Elle tombe sur la tête d’un type d’une cinquantaine d’années, elle le transforme, elle le transfigure. Jusqu’à ce que la maladie vienne tout changer. Julien Green disait qu’il écrivait ses romans pour savoir ce qu’il y avait dedans. Moi aussi. Mais contrairement à lui, une fois qu’ils sont achevés je ne sais toujours pas ce qu’il y a dedans. Je crois que l’on peut faire plusieurs lectures de ce livre.

Quelle est la part autobiographique ?

Franz-Olivier Giesbert — Je suis très clair dans la présentation : ce n’est pas un récit, c’est un roman. Donc, tout est vrai et tout est faux, sauf l’amour, le cancer et moi-même. Ce serait mentir de dire que je ne me reconnais pas dans le personnage d’Antoine Bradsock, le narrateur.

Pensez-vous que l’amour, ou le désamour, se fondent surtout sur une attraction, ou une répulsion ?

Franz-Olivier Giesbert — Je ne suis pas un théoricien de l’amour. Je me contente de le raconter, de le faire vivre ou revivre. Je ne pourrais pas vivre sans amour, au sens large. Comme Antoine Bradsock et comme la plupart des humains, je suis une machine à aimer. Dans mon cas et dans le sien, souvent trop et sans discernement. J’ai toujours fait mienne la phrase d’Albert Camus : «Je ne connais qu’un seul devoir, et c’est celui d’aimer.»

Vous écrivez «Je n’ai rien fait de ma vie et, de plus, je l’ai mal fait». N’est-ce pas, au fond, un résumé de la condition humaine ?

Franz-Olivier Giesbert — Pas pour tout le monde. Comme moi, Antoine Bradsock est à l’heure des bilans. Et, croyez-moi, il en est de plus fameux...

Vous semblez prendre un grand plaisir d’écriture à établir des listes – comme une discographie pour des obsèques – ou à glisser des mots rares – comme «se ramentevoir» ou «fruition»…

Franz-Olivier Giesbert — La liste de titres à jouer pour des obsèques sans fleurs ni couronnes ni discours, c’est un vieux fantasme personnel. Quant aux mots rares, ce sont des mots de vieux français que j’essaie d’exhumer et que j’utilise de livre en livre.

Franz-Olivier Giesbert est né en 1949, à Wilmington, dans le Delaware, aux Etats-Unis, d'un père américain et d'une mère française. Il arrive en France à l'âge de trois ans. Après avoir collaboré à la page littéraire de Paris-Normandie, il entre au Nouvel Observateur en 1971.
Successivement journaliste politique, grand reporter, correspondant à Washington, chef du service politique, il devient directeur de la rédaction de l'hebdomadaire à partir de 1985. En 1988, il est nommé directeur de la rédaction du Figaro. Depuis 2000, il est directeur du Point.
Il a publié plusieurs romans dont L'affreux (Grand Prix du roman de l'Académie française 1992), La souille (prix Interallié 1995), Le sieur Dieu, L'immortel, le huitième prophète, Le Lessiveur, Un très grand amour et des biographies : François Mitterrand ou La tentation de l'Histoire (Prix aujourd'hui 1977), Jacques Chirac (1987), Le Président (1990), François Mitterrand, une vie (1996) et La tragédie du Président (2006) etc...

Ce formidable roman tout comme tous les excellents ouvrages de Franz-Olivier Giesbert sont dans toutes les librairies indépendantes.