9782330117788

Ce qui nous revient - Corinne Royer :

Quatrième de couverture :
Louisa Gorki avait dix ans quand sa mère soprano l’a embrassée en lui lançant “À dans trois jours !” – et n’est jamais revenue. Ce n’est que plus tard que la fillette a appris de son père Nicolaï la raison de la fuite d’Elena : celle-ci ne s’absentait pas pour un récital mais, enceinte d’un enfant trisomique, pour un avortement. Elle s’est ensuite sentie incapable de rentrer chez elle, et Louisa a grandi seule avec Nicolaï et leur chagrin.
Quinze ans après, Louisa prépare un doctorat en médecine. C’est dans ce cadre qu’elle rencontre Marthe Gautier qui, à la fin des années 1950, a joué un rôle capital dans la découverte du chromosome surnuméraire de la trisomie 21 et s’est vue écartée de l’histoire officielle au profit d’un collègue masculin. Ces deux femmes ont beaucoup à apprendre l’une de l’autre sur la science et la conscience, la résilience et la persévérance, la dépossession et l’indépendance.
Si ce texte est une fiction, Marthe Gautier est bien réelle : celle que l’on surnomme la Découvreuse oubliée habite à Paris. Mêlant une authentique controverse scientifique à un drame familial bouleversant, Corinne Royer place son manifeste pour une réhabilitation tardive au cœur d’un roman fougueux et fantasque, et célèbre les promesses fleurissant dans les creux dessinés par la perte.

La chronique de Murielle Gobert - Librairie Passerelles de Vienne dans la revue PAGE des Libraires :

Ce qui nous revient est à la fois une enquête acharnée pour exhumer de l’oubli une voix effacée de l’histoire de la Science, et une prose intime et poétique qui plonge au plus profond des « âmes carapaces », ces âmes inaptes qui ne sont « plus vouées qu’à la consolation ».

Par MURIELLE GOBERT, Librairie Passerelles, Vienne

Avec ce beau roman, échevelé comme une quête, profond comme les forêts chères à ses héroïnes, Corinne Royer part à la recherche de ce qui revient aux êtres dépossédés. Deux vies de femme s’entrecroisent, au gré des coïncidences qui forment les destins, celui de Louisa privée de l’amour maternel et celui de Marthe, découvreuse oubliée du chromosome 21 dont la trouvaille fut volée par la communauté scientifique au profit d’un homme. L’une a perdu de vue sa mère, chanteuse soprano, un matin de mai sur le perron de la Maison du Poète, leur demeure où plane l’ombre bienveillante et fantasque de Cocteau. L’artiste a embrassé sa fille en lui lançant : « À dans trois jours ! » et n’est jamais réapparue, fuyant vers un avortement qui ne permettra pas le retour. La vie « prodigue intrépide » devient alors La Vie d’avant, celle dont Louisa et son père brisé visionnent les images sur les bandes d’une caméra familiale. L’autre, « jeune fille de longue date » , une des deux internes de la gent féminine à être reçue après-guerre aux Hôpitaux de Paris, connaît également la stupeur de la perte après la soustraction de sa découverte majeure, puis finit par rebondir, et retourne à la retraite vers les lieux de son enfance, une maison nichée au creux d’une vallée, où elle exerce à nouveau dans les sous-bois sa curiosité insatiable de « découvreuse ». Deux exils, deux aventures qui se rejoignent dans la lutte contre l’effacement, et qui nous racontent, au-delà de la place faite aux femmes dans notre monde, la capacité à s’emparer de sa liberté et de toujours réinventer son existence. Une écriture gourmande des mots rares, dont la sensualité et la force vivante n’est pas sans rappeler Colette, et qui n’impose aucune morale, laissant au lecteur le choix de dénicher l’injustice dans ces vies en exil, mais dont la beauté bohème et presque baroque agit comme un sortilège.

A propos de l'auteure :
Née en 1967, Corinne Royer vit entre Saint-Étienne, Paris et Uzès. Ce qui nous revient (Actes Sud, 2019) est son quatrième après M comme Mohican (Héloïse d'Ormesson, 2009), La Vie contrariée de Louise (Héloïse d'Ormesson, 2012, prix Terre de France / La Montagne ; Babel n°1589), Et leurs baises au loin les suivent (Actes Sud, 2016).

Corinne Royer sera présente à la Librairie Passerelles de Vienne le jeudi 7 mars à 19 heures. A noter sur vos agendas.