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Les Demoiselles de Beaume de Karine Lebert :

Pendant de longues heures, la soignante ressassa ce qu'elle considérait comme une infortune, son irrésistible attirance pour Maric, en s'interrogeant sur les conséquences qu'elle pouvait entraîner au sein de son existence. Son esprit, trop fragilisé par les tortures morales qu'il s'infligeait depuis sa rencontre avec le médecin, ne parvenait plus à raisonner avec le pragmatisme qui la caractérisait autrefois. Elle perdait pied. D'autres tendres échanges avec le praticien vinrent augmenter son trouble. Le dernier recours était de prévenir sa supérieure des tourments qu'elle endurait, des doutes qui l'assaillaient au point qu'elle songeait parfois à rompre ses voeux, se jugeant indigne de son sacerdoce.
La maîtresse se montra compréhensive ; selon elle, Balbine devait redoubler de prières et s'abîmer dans le travail, le temps que son âme retrouve le repos. Si cela ne suffisait pas, il serait alors nécessaire d'envisager des ordonnances plus radicales.
- A quoi faites-vous allusion ? demanda la dame hospitalière, un peu effrayée.
- Ma fille, répondit la supérieure avec douceur. Vous pouvez retourner à la vie dite normale sans devenir l'objet de médisances. Les statuts prévoient un tel revirement qui n'a rien de condamnable. Si vraiment vous aspiriez à vous marier, je ne m'y opposerais pas et tous mes souhaits de bonheur vous accompagneraient. Attention, néanmoins, de faire le bon choix pour ne rien regretter car cette décision est irrévocable.
Balbine n'osa avouer que seuls les bras de Maric, le corps puissant de Maric l'attiraient, au point qu'elle avait l'impression à présent d'être prisonnière de l'Hôtel-Dieu, comme si on l'y retenait contre son gré. Il y avait des choses que même une femme aussi bonne, à l'écoute de toutes les douleurs, ne pouvait admettre. Balbine en personne les aurait traitées avec détachement, peut-être mépris, si elle y avait été confrontée avant de les vivre. Elle décida pourtant de se conformer aux directives de la sagesse. Elle suppliait le ciel que ces mesures suffisent à la guérir. Si elles se révélaient vaines, Balbine redoutait de décevoir beaucoup de monde en prenant l'unique décision possible, irréversible et inouïe, y compris à ses propres yeux : renoncer à soigner les pauvres.

Extrait du roman Les Demoiselles de Beaune de Karine Lebert paru aux Presses de la Cité dans la collection Terres de France le 6 avril 2017. Extrait tiré de notre excellent Almanach Des Terres de France 2018.

Au XVe siècle, pour enterrer son douloureux secret, Balbine de Joinville va lier son destin à celui des hospices de Beaune. Un drame réaliste et sensible mêlant la petite et la grande Histoire. Préface signée Michel de Decker.
Balbine de Joinville est religieuse aux hospices nouvellement fondés à Beaune. Elle a choisi de s’enfermer en ces lieux, l’année de ses dix-huit ans, pour cacher la honte d’avoir été violée. Elle y est demeurée par passion pour les herbes médicinales – une passion qui nourrit un talent de thérapeute qu’apprécie le médecin Maric Lambert, attiré par cette religieuse singulière.
Du viol, perpétré par son oncle dans le château familial, une petite fille est née, Jeanne. Elle est élevée par le jardinier, non loin de sa cousine Alix, seule héritière des Joinville. Bien qu’elles ignorent ce qui les lie, une forme de rivalité s’installe entre elles. Tout les oppose : Alix renonce à un grand amour pour faire un mariage de prestige ; Jeanne devient chef d’une bande de brigands et disparaît peu à peu de la mémoire de ses proches. Jusqu’au jour où une blessure plus grave que les autres la conduit aux hospices de Beaune…
Balbine, Alix, Jeanne : trois destins de femmes s’entremêlent pendant un demi-siècle comme les fils de laine d’une tapisserie chatoyante, tableau fidèle de la vie quotidienne dans les hospices de Beaune à leur apogée.
Née en Normandie, dans l'Orne, dont les paysages inspirent le décor de ses romans, Karine Lebert a été biographe pendant quinze ans, puis journaliste à Paris Normandie. Elle a publié Les Sortilèges de Tremblay (2012), préfacé par Yves Jacob, puis, aux Presses de la CitéCe que Fanny veut... (2015) et Les Saisons du mensonge (2016).
Que j'aime les romans de Karine ! Tous ! Beaucoup de recherches historiques mais pas que... A lire et à relire !
Je remercie Laetitia Matusik pour l'envoi de cet ouvrage passionnnant en service presse lors de sa sortie en librairie. Laetitia, Attachée de Presse chez Presses de la Cité.
 
Je vous souhaite une bonne soirée ainsi que d'agréables lectures. 

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