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Les Chemins de garance de Françoise Bourdon 

Le ciel de printemps, d'un bleu doux, se teintait de rose au-dessus de l'horizon. Le Ventoux offrait un sommet d'une blancheur irréelle. La semaine à venir serait belle, Nine l'avait promis, et monsieur Etienne, qui se livrait à de savants calculs d'après la position de la lune, l'avait confirmé.
Il le fallait car le travail ne manquait pas aux champs, anciens paluds et jonquières transformés en garancières. Après les grands froids, en effet, il importait de "déchausser" les plants couverts d'un "manteau" de terre. Camille aimait bien ces expressions, qui lui rendaient la garance encore plus familière. Cette plante insensible à la grêle et à la pluie avait cependant quelques exigences. Elle préférait un sol meuble, un climat ensoleillé, mais réclamait aussi de l'humidité. D'où l'attrait pour les garanciers des paluds, les anciens marais asséchés. De façonn paradoxale, la plante, vivace, qui donnait beau rouge profond, avait des fleurs d'un blanc jaunâtre. "Mystère, mystère... de notre garance", chantonnait Nine tout en faisant la "bugade" la lessive, dans le lavoir de pierre du local réservé à cet effet.
Si elle était incommodée par l'odeur âcre montant du cuveau, Camille appréciait le moment où elle rinçait le linge à la fontaine. L'eau coulait, vive, fraîche, entraînant les restes de savon. Un dernier coup de brosse, et les amples chemises, les jupons et les sous-vêtements étaient prêts a être étendus sur le pré. Travail pénible et astreignant, la bugade annonçait cependant le passage aux beaux jours. En effet, on n'aurait pas entrepris de laver le linge du mas tant que les arbres fruitiers n'étaient pas en fleurs.

Extrait du roman Les Chemins de garance de Françoise Bourdon paru aux Presses de la Cité dans la collection Terres de France le 12 octobre 2017. Extrait tiré de notre excellent Almanach Des Terres de France 2018.

A travers une grande saga familiale et le destin de Camille, Les Chemins de garance évoque tout un pan du patrimoine provençal, la garance, une culture aujourd’hui oubliée.
Avec une suite inédite du roman.

Dans le Comtat venaissin. Augustin Vidal a prospéré grâce à la culture de la garance, plante qui fournit aux teinturiers un rouge incomparable. Il a transmis sa passion à sa petite-fille, Camille. En 1829, lors de la foire de Beaucaire, celle-ci rencontre Félix, qu’elle éblouit par sa « beauté du diable ». Mais quel avenir commun peuvent espérer l’héritier d’un indienneur avignonnais bonapartiste et la petite-fille d’un garancier élevée dans les valeurs républicaines?
Hantée par le secret de sa naissance, Camille va envers et contre tout aller au bout de son destin, se consacrer à la garance, et épouser l’homme qu’elle aura choisi…
D’hier à aujourd’hui, toutes les couleurs de la Provence.
Françoise Bourdon est née dans les Ardennes. Dès l’enfance, elle a le goût de l’écriture et rédige son premier roman à l’âge de dix ans. Professeur de droit et d’économie, elle décide, après dix-sept ans d’enseignement, de se consacrer exclusivement à sa passion de l’écriture. Journaliste depuis 1993, elle a régulièrement publié  des nouvelles dans plusieurs revues. A ses débuts, Françoise Bourdon s'est beaucoup inspirée de sa région natale, de La Forge au Loup jusqu'aux Tisserands de la Licorne. Puis c'est en Provence, sa terre d'adoption, qu’elle a poursuivi son œuvre, dense, riche, qui mêle grandes sagas familiales, portraits de femmes et évocation de métiers.
Tous ses romans connaissent un grand succès critique et public. La Maison du Cap est son douzième roman aux Presses de la Cité.
Je remercie encore Laetitia Matusik, Attachée de presse chez Presses de la Cité, pour l'envoi de cet excellent roman en service presse. Roman à lire (ou relire).