9782258133877ORI 

A la Belle Marquise de Gérard Georges

Le magasin tenu par Johannès Bouchet et son épouse Jeanne était renommé bien au-delà des limites de Royat. A Clermont même, moins d'une lieue plus bas, il n'était pas rare que l'on délaissât certaines boutiques pourtant bien achalandées de la ville pour les bonbons et chocolats des confiseurs royadaires. Plus loin dans le département, leur réputation était allée jusqu'à Ambert, ville pourtant connue pour son esprit de clocher et hors de laquelle, selon ses natifs, il n'est point de belles ni de bonnes choses. Jusqu'au fin fond du Cantal, du côté d'Albepierre, un maquignon gourmand de sucreries en tout genre avait rapporté dans ses bagages un assortiment de caramels et de pâtes de fruits de la maison Bouchet. C'est dire si Johannès et Jeanne, forts de cette image d'excellence qu'ils s'étaient forgée, considéraient leur propre existence ici-bas comme un cadeau de Dieu.
Clémentine, leur fille unique, était pour eux un rayon de soleil. Toute petite déjà, elle avait montré un intérêt très vif à la fabrication des bonbons et aux recettes que son père inventait dans son laboratoire. Ce local, elle y aurait passé des heures et des heures, le menton posé à hauteur du plan de travail et les yeux écarquillés par toutes ces formes colorées qui la faisaient saliver de bonheur.
Quand Johannès chauffait le sucre à feu nu, la chaleur du four se répandait dans toute la pièce et rosissait les joues de la fillette. "Ma petite fraise des bois" ! riait le confiseur tout en remuant la texture qui, à partir de 150°C, devenait dure et cassante comme du verre. Il aromatisait ses bonbons ou ses sucettes avec de la bergamote, de la réglisse, de la mûre, de la framboise, du citron, de l'orange ou de la mandarine. Il y avait aussi les sucres qu'il gélifiait pour les caramels ou les dragées, autant d'opérations que la gamine connaissait par coeur et qu'elle aurait pu réaliser elle-même, n'eût été son jeune âge.

Extrait du roman A la Belle Marquise de Gérard Georges paru aux Presses de la Cité dans la collection Terres de France le 18 mai 2017. 
Extrait tiré de notre excellent Almanach des Terres de France 2018.

Début des années 1900, à Royat. Comment une petite fabrique artisanale de chocolats devient une entreprise au succès florissant, grâce à l’alliance d’une fille de confiseur et d’un jeune ingénieur des mines.

 En 1889, ce n’était encore qu’un très modeste moulin-chocolaterie. Mais Auguste et Clémentine Roussel, jeunes mariés, ont des idées et de l’ambition. Lui, ingénieur des Mines, a pour réputation de réussir tout ce qu’il entreprend. Elle, fille d’un confiseur réputé de Royat, a su depuis toute petite  aiguiser son palais. Guimauves, pralines, dragées et autres douceurs n’ont aucun secret pour elle. Conjuguant leurs talents, Auguste fait le serment de créer « le meilleur chocolat de toute la contrée », aux arômes et épices subtils…
Comment, en une dizaine d’années, leur modeste entreprise artisanale deviendra-t-elle la florissante enseigne A la Belle Marquise, qui jusqu’à Paris et à l’étranger, fera le bonheur des gourmands et des célébrités ?

Auteur d’une quinzaine d’ouvrages (essentiellement des romans, mais aussi des nouvelles, de la poésie et des contes pour enfants), Gérard Georges, né en 1948 à Montbrison (Loire), a été journaliste de radio puis professeur de lettres. Depuis 1981, il a embrassé la carrière administrative de chef d’établissement. Il exerce actuellement en qualité de principal au collège de Trémonteix à Clermont-Ferrand. Dans le sillage de Jean Anglade (le patriarche des lettres auvergnates), et après Anne Courtillé et Denis Humbert, Gérard Georges est le nouvel arrivant de ce que l’on appelle désormais l’école romanesque d’Auvergne.

ALMANACH DES TERRES DE FRANCE 2018 - PRESSES DE LA CITE