9782258142596 

Trois femmes en noir de Daniel Cario

Ce mardi-là, le temps se leva avant midi. La marée était bonne, une tartine de beurre et un quartier de camenbert enguise de déjeuner, Mauricette en profita pour aller aux palourdes. La petite mer de Gâvres, envahie par la foule lors des grandes marées, des pèlerins de tous âges, munis d'instruments aratoires comme les saisonniers de la Beauce, un miracle que la ressource naturelle ne fût pas encore épuisée ! La mère de Loeiz avait besoin de prendre l'air, de se changer les idées, de défier ses semblables aussi, pour ne pas se terrer dans son logis et laisser croire à la culpabilité de son garçon.
Mauricette n'était pas la seule à arpenter l'estran. Certains pêchaient "au trou", autrement dit à la cuiller ; d'autres donc - même des natifs du coin - s'échinaient à peser sur le manche de leur pioche afin de labourer le sable. Des hommes essentiellement, cette dernière tâche étant trop éreintante pour des femmes. Moins sottes, celles-ci avaient appris à pêcher à l'économie. Elles se connaissaient toutes, au gré d'un cheminement côte à côte pour un brin de causette. Ce jour-là, les consoeurs de Mauricette l'évitaient, comme ça, s'éloignant d'elle mine de rien en piquant le sol sans lever la tête. Pas du genre à mendier l'attention, la vieille femme ne fit rien pour engager la conversation. L'une des pêcheuses portait le prénom de la sainte éponyme de l'église de Riantec : Radegonde. Pas facile à assumer, drôle de fantaisie, aussi bien de la part des parents que du secrétaire de mairie. Il est vrai qu'en 1925, un prénom si cocasse ne constituait pas un handicap...

Extrait du roman Trois femmes en noir de Daniel Cario paru aux Presses de la Cité dans la collection Terres de France le 16 mars 2017. Cet extrait est tiré de l'excellent Almanach Des Terres de France 2018 - Presses de La cité.

Quatrième de couverture

Dans les années 1990, Port-Louis est le lieu de vie, d'attente et de solidarité, des femmes guettant le retour des marins. La découverte, un matin de printemps, du cadavre d'Eugénie à quelques mètres de la jetée plonge la petite communauté dans un climat lourd de suspicion...
A Port-Louis, près de Lorient, la vie suit son cours entre rythme des marées et horizon du grand large. Mais ce matin-là, deux vieilles pêcheuses de palourdes, Guite et Fanch, découvrent sur une petite plage le cadavre d'Eugénie, « brave fille un peu bizarre ». Des indices sur le lieu du crime orientent l'enquête vers trois marins, estimés et respectés. Parti en mer, leur chalutier ne répond pas aux appels radio et tarde à revenir. Au coeur de la tourmente, trois femmes guettent fébrilement le retour des marins, l'une, son mari, la seconde, son frère, la troisième, son fils.

L'un d'eux serait-il l'assassin d'Eugénie ?
A propos de l'auteur :

Daniel Cario est né en 1948 au Faouët, dans le Morbihan, en plein Centre-Bretagne.
Après des études au lycée de Lorient, il est devenu instituteur puis professeur de lettres modernes en collège. 
Pendant plusieurs années, il a été responsable du secteur formation de la Ligue française de l'enseignement du Morbihan. Il s'est alors intéressé tout particulièrement aux cultures populaires d'essence traditionnelle, et notamment à la danse et à la musique. Il a tout d'abord écrit des ouvrages techniques : Du terroir à la scène : la tradition de danse bretonne et le spectacle et La Danse bretonne, puis il s'est lancé dans le roman en utilisant ses connaissances en matière de culture populaire avec deux trilogies, la première comprenant Le Sonneur des halles, La Musique en bandoulière et La Complainte de la grive et la seconde portant sur le monde des tailleurs-brodeurs bretons au XIXe siècle : Le Brodeur de la nuit, Les Habits de lumière et La Parure du cygne.
Il a continué à se diversifier en écrivant des romans pour adolescents, La Guerre des Trotte-menu et Coup d'Etat chez les Trotte-menu, mais aussi des romans noirs et des policiers dont Au grenier, Prix du roman Produit en Bretagne 2015. Trois femmes en noir est son huitième roman aux Presses de la Cité.
Je vous souhaite un bel après-midi à vous tous.
BONNE LECTURE !