LES VIGNERONS DE CHANTEGRELE - JEAN-PAUL MALAVAL - PRESSES DE LA CITE - TRESORS DE FRANCE

Les Vignerons de Chantegrêle de Jean-Paul Malaval

Perché sur son cheval rouan cavecé de noir, Firmin de Jandelles avait gagné, dès les premières lueurs du jour, ses terres hautes, jusqu'à Bonavent. Là, il ne se lassait plus de regarder ses possessions, aussi loin que portait son regard.
Chaque fois qu'il grimpait ici, dans la magie de l'aube, le comte repensait à son grand-père. Avec une poignée d'hommes décidés, Pierre-Louis avait défriché ce domaine pour y planter de la vigne. Auparavant, les garennes y régnaient en maîtres et l'on devait y poursuivre, sans fin, les gens du pays qui s'adonnaient au braconnage. Cela avait fini par créer un climat détestable dans le pays. Alors le vieux Pierre-Louis de Jandelles s'était juré d'y mettre un terme et d'entreprendre avec le voisinage des relations paisibles. Les vignes, avec des cépages tels que le chabrillon, le mancep, le goutiéras, se mirent à peupler les coteaux les mieux exposés au fur et à mesure que rapetissaient bois, taillis et garennes. Le travail qui fut donné aux paysans permit de ramener la bonne entente dans le pays en même temps que se développait le goût pour la petite propriété. Les journaliers trouvèrent, avec le peu d'argent gagné, le moyen d'acquérir quelques arpents où l'on cultiva les primeurs qui rendirent, au fil des ans, les marchés d'Objat célèbres en Limousin.
D'une flexion du talon, le comte engagea son cheval sur le chemin pierreux qui traversait sa propriété jusqu'au Bos. Il dévala la colline, à petit trot, sans forcer l'allure de son rouan, qui avait passé l'âge des galopades héroïques. Une armée de femmes et d'enfants travaillait entre les rangs à ramasser les sarments pour les fagoter avec des vimes torsadés. D'autres ébourgeonnaient les souches et relevaient les rameaux sur les tuteurs.

Cette armada colorée, vue de la position dominante que le maître du Mazet occupait, lui arracha un sentiment de puissance. C'était cela, cette application à l'ouvrage de tous ses gens, qu'on pouvait voir qu'il était encore le seigneur de la contrée.

Extrait du roman Les Vignerons de Chantegrêle de Jean-Paul Malaval paru aux Presses de la Cité dans la collection Trésors de France. Paru dans l'édition d'origine le 19 octobre 2000.
Extrait tiré de notre excellent Almanach Des Terres de France 2017, l'Almanach Des Terres de France 2018 est disponible depuis le 31 août dernier dans toutes les excellentes librairies indépendantes dont notre Librairie Passerelles de Vienne.

Quatrième de couverture

En Corrèze, le comte de Janelles assiste impuissant à l'agonie de ses vignobles terrassés par un mal inconnu. Un beau témoignage sur ces terres d'autrefois.
Au XIXe siècle, le bas pays corrézien compte seize mille hectares de vignes. Le comte Firmin de Janelles règne en maître absolu sur Chantegrêle. Les familles Madelbos et Pierrebrune se haïssent, et l'avènement de Napoléon III réveille les hostilités entre les deux clans du village, les bonapartistes et les républicains. Mais, alors que l'Empire s'achemine vers son déclin, l'amour d'Alain Madelbos et Albine Pierrebrune va, après bien des drames, sceller l'alliance et la réconciliation de tous les habitants du village. Le comte, ruiné par l'arrivée d'un insecte dévastateur, le phylloxera, assiste impuissant au triomphe des idéaux républicains et, avec eux, à l'émergence d'une nouvelle race de propriétaires terriens.
A propos de l'auteur
Né le 30 décembre 1949 à Brive, en Corrèze, Jean-Paul Malaval devient journaliste professionnel à partir de 1970 àCentre Presse, puis en 1973 àL'Echo du Centre. Il rédige aussi des articles pour Agrisept et Le Nouvel Observateur. En 1982, il commence une collaboration de plusieurs années avec les éditions Milan, à Toulouse. Ainsi voit le jour une série d'ouvrages sur des photos anciennes régionales (Auvergne-Limousin au temps des lâchers de ballons, 1984, et Périgord, Quercy, Agenais au temps des marchandes de paradis, 1987). Aux éditions Milan, Jean-Paul Malaval publie également un essai ethno-sociologique (La Sorcellerie en Limousin ou La Peur au village, 1982) et un essai biographique sur deux peintres-émailleurs du Limousin (La Part du feu, 1983). En 1987, il écrit son premier roman avec Deux Journées à Bassora, édité chez Milan. Depuis, Jean-Paul Malaval a publié dix-sept romans aux Presses de la Cité. Sans nostalgie ni passéisme, il dépeint les bouleversements du monde des campagnes. Sa plume, aussi forte et incisive dans la tragédie que dans l'humour, a su lui fidéliser de nombreux lecteurs, passionnés autant par les réalités historiques qui sont la toile de fond de ses romans que par ses fictions attachantes.
Jean-Paul Malaval a été également maire de Vars-sur-Roseix, une petite commune de Corrèze, depuis 1995.