LE PATRIARCHE DU BELON DE NATHALIE DE BROC - PRESSES DE LA CITE 

Le Patriarche du Bélon de Nathalie de Broc

Un feu avait été allumé dans le magasin, et les branches de châtaigniers lançaient, dans des craquements secs, des braises rougeoyantes sur le sol de terre battue. Il régnait dans la partie qui servait de logis au vieux Simon, le garde des parcs Kervellec depuis toujours, une chaleur réconfortante qui enveloppa la petite troupe dès son arrivée. Une paillasse avait été sommairement remisée contre un mur, et une grande table, approchée de la cheminée.
La deuxième pièce, séparée par une cloison de torchis, bruissait encore de l'activité des "trieuses", qui classaient par taille les huîtres parvenues à maturité et les jetaient avec régularité dans des paniers d'osier. Chaque midi, l'emplacement près de la cheminée servait de salle de repas à toutes les employées ; qu'elles soient femme de marée, payées un franc cinquante la journée pour la récolte, ou ouvrière en titre, salariées de la concession. Simon, petit homme trapu à la démarche claudicante depuis une mauvaise chute, prêtait avec bonhomie son refuge. Il améliorait même de temps en temps l'ordinaire d'une ou plusieurs bouteilles de cidre apportées d'une ferme voisine. Depuis le début de la guerre, il se retrouvait souvent l'unique élément masculin de l'assemblée et, discret, préférait s'éclipser pour reprendre sa tournée sitôt le cidre avalé.
Le menu, toujours le même, était frugal. Deux grosses pommes de terre, encore couvertes de terre, frottées à la va-vite et que l'on glissait dans ses poches avant de partir à l'aube. A midi, on les mettait à cuire dans le chaudron de fonte avec celles des autres dans un bouillon d'eau de mer et, pour ne pas les confondre, d'un coup de couteau sur la peau, on gravait l'initiale de son prénom... Les jours bénis, lorsque l'on avait tué le cochon, on ajoutait un morceau de lard ou une tranche de pâté à étaler sur un quignon de pain, que l'on accompagnait de grands bols de café bien fort.

Extrait du roman Le Patriarche du Bélon de Nathalie de Broc paru aux Presses de la Cité dans la collection Trésors de France le 10 novembre 2015.
Extrait tiré de notre excellent Almanach Des Terres de France 2017. L'Almanach Des Terres de France 2018 est dans votre librairie indépendante depuis le 31 août dernier. En ce qui nous concerne nous, dans notre Librairie Passerelles de Vienne qui met bien en évidence tous les livres quelque soit leur domaine. Bref, une librairie qui tient bien compte des goûts littéraires de chacun d'entre nous, c'est tellement important.

Quatrième de couverture :
Après la guerre 1914-1918, Gabriel, ouvrier ostréiculteur breton, rentre chez lui. Bientôt maître de sa propre concession en bordure du Bélon, il ne sait pourtant pas à qui transmettre le flambeau pour perpétuer ce savoir-faire qu'il affectionne tant.
Vivant ! Gabriel Gourlaouen revient vivant de l'enfer des tranchées et retrouve les siens, son village et sa rivière dont il a tant rêvé sur le front. Ouvrier ostréicole depuis l'enfance, Gabriel sera bientôt maître de sa propre concession en bordure du Bélon. Car sa vie est là, dans la vase des petits matins froids à marée basse, et son seul désir est de transmettre sa passion pour les « plates » au goût subtil de noisette. Son fils Jean est censé prendre la relève, mais c'est sur les épaules de Gwenn, petite fille aux yeux « fine de claire », que reposera la pérennité du savoir-faire ostréicole du Bélon... 
Un bel hommage aux hommes et aux femmes des marées qui travaillent sans relâche pour perpétuer une grande tradition bretonne : l'élevage d'huîtres.
A propos de l'auteur :
Née en 1955, Nathalie de Broc habite Quimper. Elle a été reporter à France Inter avant de devenir journaliste indépendante pour France 3 Ouest. Avant de signer son premier roman aux Presses de la Cité, elle a été traductrice chez Plon et a publié des guides touristiques chez Gallimard.
Bretonne de coeur et de naissance, elle a voulu, à travers l'histoire du Patriarche du Bélon, à paraître en juin 2004, raconter la passion et la volonté d'un homme pour transmettre et perpétuer une tradition artisanale : l'ostréiculture. Nathalie de Broc est la première à aborder ce thème dans la collection "Terres de France".