9782258134430 

Les Chemins creux de Saint-Fiacre de Daniel Cario

Non content d'être charpentier de métier et charcutier pour la fest an hoc'h - autrement dit la fête du cochon-, mon grand-père élevait lui aussi des abeilles. Il confectionnait lui-même ses ruches. Vannier donc à l'occasion comme beaucoup de paysans, il connaissait l'art de tresser la solide bourdaine, l'osier et le châtaignier, et même les jeunes pousses d'orme. Je pouvais rester des heures à admirer ses mains aux pouces costauds contraindre les scions souples, les courber, les faufiler entre les montants rigides, afin de fabriquer corbeilles et paniers.
Pour ses ruches, le grand-père utilisait de la paille de seigle ligaturée avec de l'éclisse de ronce : débarrassées de leurs épines, fendues dans toute leur longueur, de son couteau il raclait la moelle des longues tiges griffues afin de ne conserver qu'une fine lamelle de bois d'une souplesse remarquable. Un savoir-faire ancestral, une merveille d'ingéniosité : la paille était roulée en longs boudins assemblés ensuite en spirale ; les étages étaient serrés les uns contre les autres grâce à l'éclisse faufilée dans leur épaisseur à l'aide d'un poinçon taillé dans du buis ou dans un os. Ces habitations rustiques étaient posées sur une grande pierre plate, avec d'autres petits cailloux dessous afin de les rehausser pour le passage des abeilles. A l'intérieur, on installait un croisillon de noisetier autour duquel celles-ci accrochaient leurs rayons de cire.
Cette forme d'apiculture était un élevage cruel. En effet la seule façon de récupérer le miel était de tuer les abeilles. Un trou était creusé dans la terre à proximité de la ruche vouée à la mort. A la nuit tombée - lorsque tous les pensionnaires étaient donc rentrées au gîte-, la ruche était ôtée de sa pierre plate et posée sur le trou dans lequel on avait allumé des mèches de soufre, comme celles utilisées pour les barriques ; on colmatait les bords, il n'y avait plus qu'à attendre le lendemain matin afin de récolter le miel accumulé par les misérables bestioles avec tant d'abnégation.

Extrait du roman Les Chemins creux de Saint-Fiacre de Daniel Cario paru aux Presses de la Cité dans la collection Terres de France le 3 mars 2016.
Extrait de notre excellent Almanach Des Terres de France 2017. Une bonne nouvelle, l'Almanach Des Terres de France 2018, sera disponible le 31 août prochain dans toutes les librairies où vous pouvez déjà le réserver. Pour nous viennois, notre Librairie Passerelles.

Daniel Cario est né en 1948 au Faouët, dans le Morbihan, en plein Centre-Bretagne.
Après des études au lycée de Lorient, il est devenu instituteur puis professeur de lettres modernes en collège. 
Pendant plusieurs années, il a été responsable du secteur formation de la Ligue française de l'enseignement du Morbihan. Il s'est alors intéressé tout particulièrement aux cultures populaires d'essence traditionnelle, et notamment à la danse et à la musique. Il a tout d'abord écrit des ouvrages techniques : Du terroir à la scène : la tradition de danse bretonne et le spectacle et La Danse bretonne, puis il s'est lancé dans le roman en utilisant ses connaissances en matière de culture populaire avec deux trilogies, la première comprenant Le Sonneur des halles, La Musique en bandoulière et La Complainte de la grive et la seconde portant sur le monde des tailleurs-brodeurs bretons au XIXe siècle : Le Brodeur de la nuit, Les Habits de lumière et La Parure du cygne.
Il a continué à se diversifier en écrivant des romans pour adolescents, La Guerre des Trotte-menu et Coup d'Etat chez les Trotte-menu, mais aussi des romans noirs et des policiers dont Au grenier, Prix du roman Produit en Bretagne 2015. Trois femmes en noir est son huitième roman aux Presses de la Cité.
Les Chemins creux de Saint-Fiacre
Prix du roman de la ville de Carhaix 2016

C'est donc avec ce petit extrait que,
Je vous souhaite un agréable dimanche à vous tous.

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