LES PECHES DE VIGNE - YVES VIOLLIER - TRESORS DE FRANCE

Les pêches de vigne d'Yves Viollier

Antoine avait belle allure avec sa moustache noire de brigand. Moins lourd que ses camarades, il semblait d'espèce plus nerveuse. Il abandonna bien vite les boules et chercha la jolie Edmée à travers les Moutiers en fête. Il la trouva dans la grange du café Boudaud aménagée en salle de bal. La porte était ornée de guirlandes en papier et de pampres déjà fanés. Il y faisait noir comme dans l'antre du diable, la terre tremblait sous le martèlement des danseurs de quadrilles. Les dents blanches d'Edmée qui riait au milieu d'une grappe d'amies brillaient dans la pénombre. Le musicien attaquait une polka. Antoine se précipita. Il n'avait jamais eu pareille audace. Elle lui laissa prendre sa main. Il s'aperçut bien vite qu'elle suivait la cadence beaucoup mieux que lui. Elle éclata d'un beau rire frais et gentiment moqueur. Elle le guida. Ils ne se quittèrent plus.
Edmée avait été élevée selon les bons principes par une mère qui souffrait de la tête. Elève de l'école des soeurs, elle n'avait jamais imaginé épouser un paysan. Ses parents auraient aimé la donner à un jeune sous-officier plein d'avenir. Ils l'accompagnait au bal du 14 juillet sur la place d'Armes. Elle passait beaucoup de temps à la lecture et à la broderie. Elle avait dix-huit ans. Son unique frère, Germain, d'un an plus âgé qu'elle, travaillait au transport avec son père. Elle ne crut pas d'abord qu'Antoine était paysan. Sa moustache lui plut, et son costume bien coupé. Prudence avait assez cousu chez les autres pour habiller proprement ses enfants. Ses yeux du même noir de jais que sa moustache la ravirent. Sans doute, il avait les mains dures. Lorsqu'elle apprit qu'Antoine était un Gendreau de Malidor-le-Vieux, il était trop tard. La mère d'Edmée eut beau lui dire, une compresse d'eau froide sur son front douloureux :
- Tu auras été prévenue, ma petite fille. Tu dégringoles. Tu ne sais pas ce que c'est, un paysan. Ce sera fini de ta petite vie tranquille. Tu devras travailler tous les jours, et aussi dur que ton père !

Extrait du roman Les Pêches de vigne d'Yves Viollier paru aux Presses de la Cité dans la collection Trésors de France le 7 avril 2016.
Extrait tiré de l'excellent Almanach Des Terres de France.

Yves Viollier est né en Vendée. Il commence très jeune à écrire des poèmes, devient professeur de lettres, et commence à publier des romans en 1973. Ses premiers ouvrages le font remarquer par Robert Laffont, qui édite en 1988 la trilogie Jeanne la Polonaise. C'est avec ses romans vendéens, Les Pêches de vigne et Les Saisons de Vendée, qu'il fait son entrée au sein de l'Ecole de Brive. Il a obtenu, entre autres, le prix Charles Exbrayat pour Les Lilas de mer, le prix du Roman populaire pour Les Soeurs Robin, et le Grand Prix catholique de littérature pour L'Orgueil de la tribu. Il a récemment écrit L'Oratorio du Pardon avec le compositeur Bruno Coulais et reçu le prix Charette pour son roman Même les pierres ont résisté. Il vient de publier aux Presses de la CitéY avez-vous dansé, Toinou ?, et, en avril 2017, Le Marié de la Saint-Jean.
Yves Viollier est critique littéraire à La Vie.
C'est avec cet excellent ouvrage que,
Je vous souhaite une agréable semaine
à vous tous qui passez par-là.

YVES VIOLLIER - LES PECHES DE VIGNE - COLLECTION TRESORS DE FRANCE