ET TOUT ME PARLE DE VOUS - DOMINIQUE MARNY

Et tout me parle de vous - Dominique Marny

Autour de Chinon, les vignes se livrèrent aux mains des journaliers. Dès l'aube, ils s'accroupissaient au pied des ceps afin d'en récolter les grappes. Quand leur hotte était pleine, ils en versaient le contenu dans la benne du camion qui rapportait le tutin vers le domaine. Ce bouillonnement de vie et de gaieté faisait du bien à Ariane. Dès qu'elle en avait l'opportunité, elle poursuivait son chemin en direction de la Loire. Elle ne se lassait pas de regarder le fleuve sauvage qui avait séduit tant de souverains et d'artistes, ce large ruban d'eau qui, au fil de son déroulement, reflétait châteaux et gentilhommières. De Blois à Angers, la Renaissance l'avait jalonné de ses joyaux architecturaux. Ajoutée à la douceur du climat, l'étroite alliance de l'eau et de la flore attirait les oiseaux. Il lui arrivait d'observer à l'aide de jumelles les hérons cendrés, les grèbes huppés ou les martins-pêcheurs qui se réfugiaient dans les bancs de sable. Survolant les îlots et les rives frangées d'ajoncs, les goélands et les mouettes rieuses cherchaient une pitance. Par beau temps, Ariane étendait une couverture et observait. A cette époque de l'année, la Loire n'était pas entrée dans la phase tumultueuse que déclenchaient les crues. Caressée par la lumière d'octobre, elle s'écoulait paisiblement vers son embouchure. Ariane, qui avait lu un ouvrage sur les mariniers, songeait à ces hommes qui à bord de leurs nacelles acheminaient les marchandises entre l'embouchure et leurs étapes fluviales. Jusqu'à la création du chemin de fer, le trafic ligérien avait connu ses heures de gloire. Les matériaux de construction - tuffeau et ardoise - transitaient par bateau, ainsi que le plomb, le cacao ou le thé. Sans oublier le vin, exporté grâce à des chalands à fond plat et sans quille. Faits de chêne, de sain ou de frêne, ils étaient équipés d'un gouvernail qui n'était qu'une grosse rame rudimentaire fixée à l'arrière de l'embarcation. Certains possédaient une petite voile suspendue à un mât amovible qu'il fallait enlever pour passer sous les ponts. Le trafic se déroulait pendant l'hiver lorsque la profondeur des eaux étaient importante, ce qui rendait les voyages périlleux. Beaucoup de bateliers se noyaient et la marchandise était perdue. C'était hélas le prix à payer pour ceux qui défiaient de forts courants, les pluies torrentielles et la fonte des neiges.

Extrait du roman Et tout me parle de vous de Dominique Marny paru aux Presses de la Cité dans la collection Trésors de France.
Extrait tiré de l'Almanach Des Terres de France.

Encore un excellent ouvrage à lire pendant les vacances si ce n'est déjà fait bien évidemment... Disponible ou à commander dans la librairie indépendante la plus proche de chez vous, c'est tellement important d'acheter nos ouvrages en librairie. Pour nous, la Librairie Passerelles de Vienne dans l'Isère.

Bel après-midi à vous tous.

ET TOUT ME PARLE DE VOUS - DOMINIQUE MARNY