9782258044432 

L'Oubliée de Salperwick - Annie Degroote

Caché derrière la vitre de sa voiture, il se plaisait à la détailler. 
Avec son abondante chevelure cuivrée et ses yeux clairs, elle n'avait rien de ces visages d'oiseau farouche, aux yeux cernés, à la pâleur languide, à la chevelure d'ébène des romantiques. Avec sa silhouette gracieuse et élancée, bien charpentée, rien du corps menu, chétif, à l'allure évaporée, en vogue. Il s'en lassait justement de cette mode. Mieux valait la devancer.
La jeune inconnue dont il ne détachait pas le regard, dont il croyait juste s'amuser avec sa froideur habituelle, lui insufflait le désir de bafouer les critères en cours, de s'élancer à son bras en créant une nouvelle mode, faite de blondeur rousse, de bonne santé gracieuse, sans la lourdeur des paysannes qu'il avait connues d'un peu près.
Celle-ci était vraiment jolie, bien qu'endeuillée sous une cape sombre. Sous la monotonie obscure d'un ciel de printemps capricieux, elle semblait nimbée de lumière. Elle n'avait nul besoin de s'affubler d'un chapeau extravagant, d'une robe de couture, d'un camail de velours, mais, à la différence des grisettes qu'il fréquentait, elle devait les porter divinement. Il lui prenait l'envie de déshabiller, de contempler un corps qu'il devinait tendre et rose, de respirer avec volupté le soleil émanant de sa peau, de la vêtir ensuite de couleurs claires, de dentelles, de bijoux et de fleurs. Oui, cette fille-là était née dans les fleurs. Le printemps agissait-il ? Au-delà d'une apparence simple, il pressentait une bouche sensuelle, un jeune corps magnifique, une nature animale et passionnée.

Extrait du roman L'Oubliée de Salperwick d'Annie Degroote paru aux Presses de la Cité dans la collection Trésors de France.
Extrait publié dans l'Almanach des Terres de France, cliquez ICI.

TERRES DE FRANCE - PRESSES DE LA CITE - LOGO