LA TOUR DE MALVENT - GILBERT BORDES - PRESSES DE LA CITE - COLLECTION TERRES DE FRANCE

Tous avaient pourtant l'impression de se trouver face à un maître absolu qui les pointait du doigt. Mais que pouvait-il leur reprocher ? Ils avaient fait leur devoir envers la nation, les femmes avaient réussi à garder les terres en culture pendant quatre longues années, et à présent elles s'occupaient des survivants qu'il fallait habiller et parfois torcher comme des nourrissons poilus et malodorants. Les vieillards poussaient la charrue, les enfants portaient les sacs de grain et accomplissaient des tâches qui tordaient leur jeune corps, les tassaient, imprimaient sur leurs épaules et leur visage les marques indélébiles de la pauvreté.
La lune disparut derrière un nuage très sombre, épais comme la toison d'un énorme animal ; le bruit prit de l'intensité, devint une sorte de cri aigu qui vrillait les oreilles. Des femmes se signèrent et invoquèrent la Sainte Vierge. Les hommes serrèrent les poingts. Si Dieu ou le diable leur en voulait, qu'ils se montrent, et les gens de Malvent sauraient faire face. Ils avaient encore tous en tête les lettres bleues qu'apportaient chaque jour ou presque les gendarmes de Mauriac, avec ces quelques mots : MORT AU CHAMP D'HONNEUR. La gourmande avait dévoré toutes les forces vives de cette campagne austère. Que pouvait-elle exiger de plus ?
Malgré tout, ils restaient là. Dans la nuit froide et le vent du nord, ils claquaient des dents, prisonniers de ce bruit infernal tombant des nuées. La lune était ressortie ; sa lumière donnait du relief à la tour, ce monstre voisin qui gardait depuis des siècles jalousement la mémoire de leurs vies. Ne disait-on pas que les sorciers s'y rassemblaient à la pleine lune pour invoquer le diable et jeter des sorts à leurs ennemis ?
L'édifice menaçait de s'écrouler. De temps en temps, des coulées de pierres se détachaient des murs et ricochaient jusqu'au sol. En 1913, le préfet avait écrit au maire de Malvent que la tour devait être conservée et qu'il envisageait de la consolider. Pour éviter les accidents, des hommes d'Aurillac étaient venus poser du grillage autour du monument.

Extrait du roman La Tour de Malvent de Gilbert Bordes paru aux Presses de la Cité dans la collection Trésors de France, cliquez ICI.
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Cet donc avec cet extrait que 
Je vous souhaite un agréable
après-midi à vous tous.

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