LES BEAUX JOURS - FANNY ARDANT

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Fanny Ardant n'a jamais si bien porté son nom, tant le personnage de Caroline qu'elle interprète dans le film de Marion Vernoux, "Les beaux jours" est ardent et enflammé.

Cette fraîche sexagénaire, ex-dentiste affectée par la mort récente de sa meilleure amie, engluée dans un quotidien morne entre un mari dentiste (Patrick Chesnais, formidable en bourru flegmatique), ses deux filles et ses petits enfants, s'apprêtait à rentrer avec quelque réticence dans la catégorie des seniors en intégrant un club multi-activités destiné à occuper ces messieurs dames du troisième âge.

Caroline, bourgeoise distante et altière, va, à la faveur d'un "forfait découverte" (intitulé ô combien évocateur) proposé par cet antre pour retraités, rencontrer un jeune homme (Laurent Lafitte, parfait) d'au moins vingt ans son cadet et vivre avec lui une liaison passionnelle.

Une histoire d'émancipation 

Dès les premiers plans, il est manifeste que Caroline porte en elle quelque chose qui la dépasse, un désir d'ailleurs et d'aventure que les yeux ténébreux de Fanny Ardant rendent palpables et que la ligne d'horizon de l'océan tout proche symbolise parfaitement. Le film est une histoire d'émancipation.

Caroline "met les voiles", décide de vivre pleinement son odyssée de la soixantaine dans les remous et tourbillons de l'adultère, en vivant d'amour et de vin. D'abord bourgeoise étriquée puis sexagénaire borderline et débridée négligeant ses devoirs de maîtresse de maison au profit de rencards récréatifs avec son amant, c'est une véritable métamorphose que la réalisatrice nous donne à voir à travers un parcours initiatique esquissé avec une grande sensibilité.

La réalisatrice pose sa caméra tout contre les personnages pour filmer avec une douceur et une pudeur remarquable le désir qui s'empare d'eux. Les scènes d'amour sont d'une rare délicatesse. La sensualité et l'érotisme s'invitent même au cours de travaux dentaires! La beauté du film tient surtout au regard que pose Marion Vernoux sur ses personnages, un regard d'une extrême bienveillance teinté d'une pointe d'ironie douce amère.

Sur fond de tendre satire du troisième âge et de ses clubs du temps libre, elle célèbre la pétulance des seniors à la manière de Pascal Rabaté dans le touchant "Les petits ruisseaux".

L'humour, parfois un peu facile et convenu, est distillé par petites touches pleines de grâce que ce soit dans les scènes d'adultère, au club "Les beaux jours" ou dans les moments de complicité entre Caroline et son mari. La différence d'âge entre les amants et la rencontre entre deux milieux sociaux sont jaugés avec malice. 

Entre euphorie et résignation 

Mais si la première moitié du film montre avec panache un adultère totalement assumé et décomplexé par une Caroline euphorique, la seconde s'englue dans le canevas éculé de la jalousie, de la menace de la séparation, des arrangements à l'amiable en laissant toutefois indemne la figure de l'époux délaissé.

Mais c'est cet équilibre instable entre l'euphorie de la parenthèse et la nécessaire résignation qui donne au personnage de Caroline une épaisseur, que Fanny Ardant investit avec brio.

J'avais lu beaucoup de critiques au sujet de ce film, dont l'un chez Marie-Pierre, cliquez ICI. J'ai également beaucoup aimé ce film.

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LES BEAUX JOURS - JUIN 2013